{"book":{"id":18758,"title":"Charles Le Gai Eaton, ancien diplomate britannique","slug":"charles-le-gai-eaton-ancien-diplomate-britannique-1486905725","image":"\/uploads\/books\/Charles-Le-Gai-Eaton_fr.JPG","hint":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">La qu&ecirc;te de v&eacute;rit&eacute; d&rsquo;un philosophe et &eacute;crivain confront&eacute; &agrave; une constante lutte int&eacute;rieure visant &agrave; harmoniser ses croyances avec ses actions.&nbsp; <\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Partie 1&nbsp;: une &eacute;ducation la&iuml;que et une mention de l&rsquo;Arabie.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Partie 2: Un dilemme personnel face aux religions institutionnalis&eacute;es.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Partie 3: La sagesse de l&rsquo;esprit qui ne p&eacute;n&egrave;tre pas la substance profonde de l&rsquo;&ecirc;tre humain, et la d&eacute;couverte de Dieu.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Partie 4: T. S. Eliot et le premier livre de Charles Le Gai Eaton.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Partie 5: Un emploi au Caire.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Partie 6: Une graine qui porte fruit.<\/span><\/span><\/p>\r\n","arabic_notes":"","book_text":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Charles Le Gai Eaton, ancien diplomate britannique<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><br \/>\r\n<span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Je suis n&eacute; en Suisse de parents britanniques; je suis un enfant de la guerre.&nbsp; Au moment de ma naissance, on signait, non loin de nous, &agrave; Lausanne, le dernier trait&eacute; de paix mettant un terme &agrave; la premi&egrave;re guerre mondiale, le trait&eacute; avec la Turquie.&nbsp; La plus grande temp&ecirc;te qui ait chang&eacute; la face du monde s&rsquo;&eacute;tait temporairement calm&eacute;e, mais ses cons&eacute;quences se voyaient de tous c&ocirc;t&eacute;s.&nbsp; Les vieilles certitudes et la moralit&eacute; sur laquelle elles &eacute;taient fond&eacute;es avaient re&ccedil;u un coup mortel.&nbsp; Mais mes anc&ecirc;tres avaient d&eacute;j&agrave; connu les conflits : mon p&egrave;re, d&eacute;j&agrave; &acirc;g&eacute; de 67 ans &agrave; ma naissance, &eacute;tait n&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des guerres contre Napol&eacute;on Bonaparte, et il avait &eacute;t&eacute; soldat.<br \/>\r\nTout de m&ecirc;me, j&rsquo;aurais pu avoir une patrie, mais je n&rsquo;en avais pas.&nbsp; Bien que je fusse n&eacute; en Suisse, je n&rsquo;&eacute;tais pas Suisse.&nbsp; Ma m&egrave;re avait grandi en France et aimait les Fran&ccedil;ais plus que tout autre peuple.&nbsp; Mais je n&rsquo;&eacute;tais pas Fran&ccedil;ais.&nbsp; &Eacute;tais-je Anglais?&nbsp; Je ne me suis jamais identifi&eacute; comme tel.&nbsp; Ma m&egrave;re ne se lassait jamais de me rappeler que les Anglais &eacute;taient des &ecirc;tres froids et stupides, en plus d&rsquo;&ecirc;tre sans sexe, sans intelligence et sans culture.&nbsp; Je ne voulais &eacute;videmment pas &ecirc;tre comme eux.&nbsp; Alors &agrave; quel peuple &ndash; s&rsquo;il y en avait un &ndash; appartenais-je?&nbsp; En y repensant, il m&rsquo;appara&icirc;t que cette dr&ocirc;le d&rsquo;enfance m&rsquo;avait en fait pr&eacute;par&eacute; &agrave; embrasser l&rsquo;islam, plus tard dans ma vie.&nbsp; O&ugrave; qu&rsquo;il soit n&eacute; et quelle que soit sa race, la patrie du musulman est Dar-oul-islam, la Maison de l&rsquo;islam.&nbsp; Son passeport, ici et dans l&rsquo;au-del&agrave;, est la simple profession de foi, la ilaha illallah.&nbsp; Il ne s&rsquo;attend pas &ndash; ou ne devrait pas s&rsquo;attendre &ndash; &agrave; trouver la s&eacute;curit&eacute; et la stabilit&eacute; en ce monde, et il doit toujours garder &agrave; l&rsquo;esprit que la mort peut venir le chercher &agrave; n&rsquo;importe quel moment.&nbsp; Il n&rsquo;a pas de racines profondes, sur cette fragile terre.&nbsp; Ses racines sont l&agrave;-haut, dans le seul endroit qui soit &eacute;ternel.<br \/>\r\nMais qu&rsquo;en &eacute;tait-il du christianisme?&nbsp; Si mon p&egrave;re poss&eacute;dait quelque conviction religieuse, il n&rsquo;en a jamais parl&eacute;, bien que sur son lit de mort &ndash; alors qu&rsquo;il avait pr&egrave;s de 90 ans &ndash; il ait demand&eacute; : &laquo; Existe-t-il un endroit heureux? &raquo;.&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est ma m&egrave;re qui s&rsquo;occupa enti&egrave;rement de mon &eacute;ducation.&nbsp; Je ne me rappelle pas qu&rsquo;elle ait eu un temp&eacute;rament irr&eacute;ligieux; elle avait grandi dans un environnement religieux, mais &eacute;tait hostile &agrave; ce qu&rsquo;on appelle commun&eacute;ment les religions organis&eacute;es.&nbsp; Elle &eacute;tait s&ucirc;re d&rsquo;une chose, cependant : que l&rsquo;on devait laisser son fils libre de penser par lui-m&ecirc;me et ne jamais le forcer &agrave; accepter ou adopter des opinions de seconde main.&nbsp; Elle &eacute;tait d&eacute;termin&eacute;e &agrave; me prot&eacute;ger contre tous ceux qui auraient voulu &laquo; m&rsquo;enfoncer leur religion dans la gorge &raquo;.&nbsp; Elle mit d&rsquo;ailleurs en garde toutes les bonnes d&rsquo;enfant qui travaill&egrave;rent chez nous et qui nous accompagn&egrave;rent lors de nos voyages en France que si jamais elles me parlaient de religion, elles seraient cong&eacute;di&eacute;es sur-le-champ.&nbsp; Lorsque j&rsquo;avais cinq ou six ans, cependant, ses ordres furent ignor&eacute;s par une jeune femme dont le r&ecirc;ve &eacute;tait de devenir missionnaire en Arabie pour sauver les &acirc;mes de ces gens ignorants qui &eacute;taient, me dit-elle, enlis&eacute;s dans une croyance pa&iuml;enne appel&eacute;e &laquo; mahom&eacute;tisme &raquo;.&nbsp; Elle me dessina m&ecirc;me une carte de cette contr&eacute;e myst&eacute;rieuse.&nbsp; J&rsquo;entendais alors parler de l&rsquo;Arabie pour la premi&egrave;re fois.<br \/>\r\nUn jour, elle m&rsquo;emmena faire une marche pr&egrave;s de la prison de Wandsworth (&agrave; cette &eacute;poque, nous vivions &agrave; Wandsworth Common).&nbsp; Je m&rsquo;&eacute;tais probablement mal conduit, car je me souviens qu&rsquo;elle m&rsquo;agrippa fermement par le bras en pointant du doigt les portes de la prison, et elle me dit : &laquo; Il y a un homme roux, dans le ciel, qui t&rsquo;enfermera l&agrave;-dedans si tu n&rsquo;es pas sage! &raquo;&nbsp; C&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re fois qu&rsquo;elle faisait, &agrave; sa fa&ccedil;on, r&eacute;f&eacute;rence &agrave; &laquo; Dieu &raquo;, et je n&rsquo;aimai point ce que j&rsquo;entendis.&nbsp; Pour une raison que j&rsquo;ignore, j&rsquo;avais peur des hommes roux (ce qu&rsquo;elle devait savoir) et celui qu&rsquo;elle me d&eacute;crivait comme vivant au-dessus des nuages avec la mission de ch&acirc;tier les gar&ccedil;ons turbulents m&rsquo;apparaissait comme particuli&egrave;rement terrifiant.&nbsp; D&egrave;s notre retour &agrave; la maison, j&rsquo;interrogeai ma m&egrave;re &agrave; ce sujet.&nbsp; Je ne me souviens plus de ce qu&rsquo;elle me dit pour me rassurer, mais je me souviens que la bonne fut rapidement cong&eacute;di&eacute;e.<br \/>\r\nBien que beaucoup plus tard que les autres enfants, on finit par m&rsquo;envoyer &agrave; l&rsquo;&eacute;cole.&nbsp; Je fr&eacute;quentai diff&eacute;rentes &eacute;coles en Angleterre et en Suisse avant d&rsquo;arriver &agrave; Charterhouse, &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 14 ans.&nbsp; Avec les services &agrave; la chapelle de l&rsquo;&eacute;cole et les cours sur les &Eacute;critures chr&eacute;tiennes, on se serait attendu &agrave; ce que le christianisme fasse quelque impression sur moi.&nbsp; Et bien non : il ne produisit aucun effet ni sur moi ni sur mes camarades de classe.&nbsp; En y repensant, cela ne m&rsquo;impressionne pas outre mesure.&nbsp; La religion ne peut survivre, dans son esprit et dans son int&eacute;gralit&eacute;, lorsqu&rsquo;elle est confin&eacute;e &agrave; une seule sph&egrave;re de la vie ou de l&rsquo;&eacute;ducation.&nbsp; La religion doit &ecirc;tre prise comme un tout ou pas du tout; soit elle domine toutes les &eacute;tudes profanes, soit elle est domin&eacute;e par elles.&nbsp; On nous enseignait la Bible une ou deux fois par semaine, de la m&ecirc;me mani&egrave;re que l&rsquo;on nous enseignait les autres mati&egrave;res.&nbsp; On partait du principe que la religion n&rsquo;avait rien &agrave; voir avec les &eacute;tudes plus importantes qui constituaient l&rsquo;&eacute;pine dorsale de notre &eacute;ducation.&nbsp; Que dieu n&rsquo;avait rien &agrave; voir avec les grands &eacute;v&eacute;nements de l&rsquo;histoire, qu&rsquo;Il n&rsquo;&eacute;tait point derri&egrave;re les ph&eacute;nom&egrave;nes que nous &eacute;tudiions en sciences, qu&rsquo;Il ne jouait aucun r&ocirc;le dans l&rsquo;actualit&eacute; et que le monde, gouvern&eacute; au hasard et par diverses forces mat&eacute;rielles, devait &ecirc;tre con&ccedil;u sans aucune r&eacute;f&eacute;rence &agrave; ce qui existait &ndash; ou n&rsquo;existait peut-&ecirc;tre pas &ndash; au-del&agrave; de ce que nous pouvions en percevoir.&nbsp; Dieu &eacute;tait un extra, qui venait apr&egrave;s les mati&egrave;res obligatoires...<br \/>\r\nEt pourtant, je ressentais le besoin de conna&icirc;tre la raison d&rsquo;&ecirc;tre de ma propre existence.&nbsp; Seuls ceux qui, &agrave; un moment de leur vie, ont ressenti un tel besoin peuvent en comprendre l&rsquo;intensit&eacute;, comparable &agrave; la faim physique ou au d&eacute;sir sexuel.&nbsp; Je me disais que je ne pouvais continuer de mettre un pied devant l&rsquo;autre sans comprendre o&ugrave; j&rsquo;allais, exactement, et pourquoi.&nbsp; Que je ne pouvais rien faire &agrave; moins de comprendre le r&ocirc;le de chacune de mes actions dans le grand sch&eacute;ma de ma vie.&nbsp; Tout ce que je savais, c&rsquo;&eacute;tait que je ne savais rien &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire rien qui e&ucirc;t une importance r&eacute;elle &ndash; et j&rsquo;&eacute;tais paralys&eacute; par mon ignorance, comme celui qui, prisonnier d&rsquo;un &eacute;pais brouillard, n&rsquo;arrive plus &agrave; avancer.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color:#000000;\"><span style=\"font-size: 16px;\">O&ugrave; devais-je chercher la v&eacute;rit&eacute;?&nbsp; &Agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 15 ans, je d&eacute;couvris une chose que l&rsquo;on appelait la &laquo; philosophie &raquo;, mot qui signifie &laquo; amour de la sagesse &raquo;.&nbsp; La sagesse, voil&agrave; ce que je cherchais; j&rsquo;en conclus donc que la satisfaction de mon besoin se trouvait dissimul&eacute;e dans ces &eacute;pais livres r&eacute;dig&eacute;s par de sages hommes.&nbsp; Avec un sentiment d&rsquo;excitation inexprimable, comme un explorateur qui aper&ccedil;oit une terre &agrave; d&eacute;couvrir, je plongeai dans Descartes, Kant, Hume, Spinoza, Schopenhauer et Bertrand Russell, et lus des ouvrages expliquant leurs enseignements.&nbsp; Je ne fus pas long avant de comprendre que quelque chose n&rsquo;allait pas.&nbsp; J&rsquo;aurais tout aussi bien pu m&rsquo;emplir la bouche de sable pour me nourrir.&nbsp; Ces hommes ne savaient rien.&nbsp; Ils ne faisaient que sp&eacute;culer, sortir des id&eacute;es de leurs pauvres t&ecirc;tes.&nbsp; Pourtant, n&rsquo;importe qui peut sp&eacute;culer, m&ecirc;me un &eacute;colier.&nbsp; Mais bien s&ucirc;r, comment un gar&ccedil;on de 15 ou 16 ans aurait-il pu avoir l&rsquo;effronterie de rejeter toute la philosophie profane occidentale en la qualifiant de bonne &agrave; rien?&nbsp; Nul n&rsquo;a besoin d&rsquo;une grande maturit&eacute; pour savoir faire la distinction entre ce que le Coran appelle &laquo; dhann &raquo; (opinion) et le savoir v&eacute;ritable.&nbsp; En m&ecirc;me temps, l&rsquo;insistance constante de ma m&egrave;re &agrave; me rappeler que je ne devais pas tenir compte de ce que les autres pensaient ou disaient m&rsquo;obligeait &agrave; ne me fier qu&rsquo;&agrave; mon propre jugement.&nbsp; La culture occidentale faisait de ces &laquo; philosophes &raquo; de grands hommes et les &eacute;tudiants, dans les universit&eacute;s, &eacute;tudiaient leurs travaux avec un respect non dissimul&eacute;.&nbsp; Mais tout cela n&rsquo;avait aucune signification, pour moi.<br \/>\r\nPlus tard, alors que j&rsquo;&eacute;tais en terminale, un professeur, qui semblait s&rsquo;int&eacute;resser particuli&egrave;rement &agrave; moi, me fit une remarque que je ne compris pas tr&egrave;s bien, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque.&nbsp; &laquo; Tu es, me dit-il, le seul sceptique universel que j&rsquo;aie jamais connu. &raquo;&nbsp; Il ne faisait pas sp&eacute;cifiquement r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la religion.&nbsp; Il cherchait &agrave; me dire que je semblais douter de tout ce que les autres prenaient pour acquis.&nbsp; Je voulais savoir pourquoi nous partions du principe que nos capacit&eacute;s rationnelles, si bien adapt&eacute;es pour nous aider &agrave; trouver de la nourriture, un toit ou un(e) conjoint(e), devaient s&rsquo;appliquer au-del&agrave; des choses de ce monde.&nbsp; La notion selon laquelle le commandement &laquo; tu ne tueras pas &raquo; &eacute;tait une obligation pour tous ceux qui n&rsquo;&eacute;taient ni juifs ni chr&eacute;tiens me laissait perplexe; et je n&rsquo;&eacute;tais pas moins d&eacute;concert&eacute; par le fait que l&rsquo;on faisait de la monogamie une r&egrave;gle universelle.&nbsp; Je me mis m&ecirc;me &agrave; douter de ma propre existence.&nbsp; Longtemps apr&egrave;s, je trouvai cette histoire de Chuangtzu, un sage chinois qui, ayant r&ecirc;v&eacute;, une nuit, qu&rsquo;il &eacute;tait un papillon, s&rsquo;&eacute;tait r&eacute;veill&eacute; en se demandant s&rsquo;il &eacute;tait r&eacute;ellement Chuangtzu qui avait r&ecirc;v&eacute; qu&rsquo;il &eacute;tait un papillon ou un papillon ayant r&ecirc;v&eacute; qu&rsquo;il &eacute;tait Chuangtzu.&nbsp; Je comprenais son questionnement.<br \/>\r\nMais au moment o&ugrave; mon professeur m&rsquo;avait fait cette remarque, j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; d&eacute;couvert la clef de ce qui semblait &ecirc;tre un savoir un peu plus certain.&nbsp; Par hasard &ndash; bien que le &laquo; hasard &raquo; n&rsquo;existe pas vraiment &ndash; j&rsquo;&eacute;tais tomb&eacute; sur un livre intitul&eacute; The Primordial Ocean (l&rsquo;oc&eacute;an primitif), &eacute;crit par le professeur Perry, un &eacute;gyptologue.&nbsp; Ce professeur avait la conviction que les anciens &Eacute;gyptiens avaient voyag&eacute; loin dans le monde, sur leurs bateaux de papyrus, pour pr&ecirc;cher leur religion et leur mythologie.&nbsp; Pour prouver ce qu&rsquo;il avan&ccedil;ait, il avait pass&eacute; de nombreuses ann&eacute;es &agrave; &eacute;tudier les anciennes mythologies, de m&ecirc;me que les mythes et les symboles des peuples primitifs.&nbsp; Ce qu&rsquo;il d&eacute;couvrit, c&rsquo;est une &eacute;tonnante unanimit&eacute; au niveau de la foi, m&ecirc;me si cette foi s&rsquo;exprimait de fa&ccedil;on diff&eacute;rente d&rsquo;un endroit &agrave; l&rsquo;autre.&nbsp; Selon moi, ce n&rsquo;est pas sa th&eacute;orie sur les bateaux de papyrus, qu&rsquo;il r&eacute;ussit &agrave; d&eacute;montrer, mais plut&ocirc;t une chose fort diff&eacute;rente.&nbsp; Il semblait que, derri&egrave;re la tapisserie faite de formes et d&rsquo;images, se cachaient certaines v&eacute;rit&eacute;s universelles sur la nature de la r&eacute;alit&eacute;, la cr&eacute;ation du monde et des hommes, et la signification de l&rsquo;exp&eacute;rience humaine; des v&eacute;rit&eacute;s qui faisaient autant partie de nous que notre sang et nos os.<br \/>\r\nL&rsquo;une des principales causes de l&rsquo;incroyance, dans le monde moderne, est la pluralit&eacute; des religions, qui semblent se contredire les unes les autres.&nbsp; Tant que les Europ&eacute;ens demeur&egrave;rent convaincus de leur sup&eacute;riorit&eacute; raciale, ils n&rsquo;eurent aucune raison de douter que le christianisme fut la seule foi v&eacute;ritable.&nbsp; La notion selon laquelle ils &eacute;taient au sommet du &laquo; processus &eacute;volutionnaire &raquo; leur permettait de croire comme &agrave; une &eacute;vidence que toutes les autres religions n&rsquo;&eacute;taient que des tentatives na&iuml;ves de r&eacute;pondre &agrave; des questions perp&eacute;tuelles.&nbsp; C&rsquo;est lorsque cette certitude de sup&eacute;riorit&eacute; raciale commen&ccedil;a &agrave; &ecirc;tre &eacute;branl&eacute;e qu&rsquo;ils se mirent &agrave; douter.&nbsp; Comment &eacute;tait-il possible qu&rsquo;un Dieu que l&rsquo;on consid&eacute;rait comme bon permette qu&rsquo;une majorit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tres humains vivent et meurent au service de fausses religions?&nbsp; &Eacute;tait-il encore possible, pour le chr&eacute;tien, de croire que lui seul pouvait &ecirc;tre sauv&eacute;?&nbsp; Les musulmans, de leur c&ocirc;t&eacute;, pr&eacute;tendaient la m&ecirc;me chose.&nbsp; Comment distinguer avec certitude, dans un tel contexte, ceux qui avaient raison de ceux qui avaient tort?&nbsp; Pour plusieurs, comme pour moi-m&ecirc;me jusqu&rsquo;&agrave; ce que je lise Perry, la conclusion &eacute;vidente &eacute;tait que comme tout le monde ne pouvait avoir raison, alors tout le monde devait avoir tort.&nbsp; La religion n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;une illusion, nourrie par des gens qui prenaient leurs d&eacute;sirs pour des r&eacute;alit&eacute;s.&nbsp; D&rsquo;autres pr&eacute;f&eacute;raient peut-&ecirc;tre substituer la &laquo; v&eacute;rit&eacute; scientifique &raquo; aux &laquo; mythes religieux &raquo;, ce que je ne pouvais faire, puisque la science &eacute;tait fond&eacute;e sur des hypoth&egrave;ses sur l&rsquo;infaillibilit&eacute; de la raison et la r&eacute;alit&eacute; de l&rsquo;exp&eacute;rience des sens, qui n&rsquo;avaient jamais pu &ecirc;tre prouv&eacute;es.<br \/>\r\nLorsque je lus le livre de Perry, je ne connaissais rien du Coran.&nbsp; Le peu que j&rsquo;avais appris de l&rsquo;islam &eacute;tait fauss&eacute; par des pr&eacute;jug&eacute;s accumul&eacute;s au cours de plusieurs si&egrave;cles de confrontations.&nbsp; Si seulement j&rsquo;avais pu savoir, &agrave; ce moment-l&agrave;, que j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; fait un pas en direction du grand rival du christianisme.&nbsp; Le Coran nous assure qu&rsquo;aucun peuple, sur la terre, n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; laiss&eacute; &agrave; lui-m&ecirc;me, sans &ecirc;tre guid&eacute; par Dieu et sans recevoir la v&eacute;rit&eacute;, transmise par un messager qui s&rsquo;est adress&eacute; &agrave; lui dans sa propre langue, en fonction de ses circonstances particuli&egrave;res et de ses besoins propres.&nbsp; Le fait que de tels messages soient alt&eacute;r&eacute;s avec le temps va de soi, et nul ne devrait se surprendre du fait que la v&eacute;rit&eacute; soit alt&eacute;r&eacute;e en &eacute;tant transmise de g&eacute;n&eacute;ration en g&eacute;n&eacute;ration.&nbsp; Il serait toutefois surprenant que nul vestige de ces messages ne subsiste.&nbsp; Maintenant, il m&rsquo;appara&icirc;t enti&egrave;rement en accord avec l&rsquo;islam de croire que ces vestiges, envelopp&eacute;s de mythes et de symbole (le &laquo; langage &raquo; des peuples primitifs), proviennent directement de la v&eacute;rit&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et confirment le Message final.<br \/>\r\nDe Charterhouse, je partis pour Cambridge, o&ugrave; je n&eacute;gligeai mes &eacute;tudes, qui m&rsquo;apparaissaient insignifiantes et ennuyeuses, en faveur des seules &eacute;tudes qui m&rsquo;importaient.&nbsp; Cela se passait en 1939.&nbsp; La guerre avait &eacute;clat&eacute; tout juste avant que je commence l&rsquo;universit&eacute; et je savais que je me retrouverais dans l&rsquo;arm&eacute;e au cours des deux ann&eacute;es suivantes.&nbsp; Il m&rsquo;apparaissait plausible que les Allemands finissent par me tuer.&nbsp; C&rsquo;est pourquoi je me dis qu&rsquo;il ne me restait que peu de temps pour trouver les r&eacute;ponses aux questions qui m&rsquo;obs&eacute;daient.&nbsp; Cette fixation, toutefois, ne me poussa pas vers les religions dites organis&eacute;es.&nbsp; Comme la plupart de mes amis, j&rsquo;&eacute;prouvais du m&eacute;pris envers l&rsquo;&Eacute;glise et envers tous ceux qui faisaient semblant d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;vou&eacute;s &agrave; un Dieu qu&rsquo;ils connaissaient &agrave; peine.&nbsp; Mais je me vis bient&ocirc;t oblig&eacute; de mod&eacute;rer cette hostilit&eacute;.&nbsp; Je me souviens encore clairement de cette sc&egrave;ne, plus d&rsquo;un demi-si&egrave;cle plus tard.&nbsp; Certains d&rsquo;entre nous s&rsquo;&eacute;taient attard&eacute;s, en buvant du caf&eacute;, apr&egrave;s le repas du soir, dans la grande salle du King&rsquo;s College.&nbsp; La conversation d&eacute;via sur la religion.&nbsp; Au bout de la table &eacute;tait assis un &eacute;tudiant g&eacute;n&eacute;ralement admir&eacute; pour son intelligence, son esprit et son &eacute;rudition.&nbsp; Cherchant &agrave; l&rsquo;impressionner et profitant d&rsquo;un bref silence, je dis : &laquo; Nulle personne intelligente, de nos jours, ne croit au Dieu des religions! &raquo;&nbsp; Il me jeta un regard plut&ocirc;t triste avant de r&eacute;pondre : &laquo; Au contraire : de nos jours, les personnes intelligentes sont les seules &agrave; croire en Dieu &raquo;.&nbsp; Si j&rsquo;avais pu, je me serais cach&eacute; sous la table.<br \/>\r\nJ&rsquo;avais, cependant, un ami tr&egrave;s sage, de quarante ans mon a&icirc;n&eacute;, que je trouvais la plupart du temps tr&egrave;s convaincant.&nbsp; Il s&rsquo;agissait de l&rsquo;&eacute;crivain L.H.Myers, d&eacute;crit &agrave; cette &eacute;poque comme &laquo; le seul romancier philosophique que l&rsquo;Angleterre ait jamais produit &raquo;.&nbsp; Non seulement sa plus grande &oelig;uvre (The Root and the Flower) r&eacute;pondait-elle &agrave; plusieurs des questions qui me rongeaient, mais il s&rsquo;&eacute;manait d&rsquo;elle une incroyable s&eacute;r&eacute;nit&eacute;, doubl&eacute;e de compassion.&nbsp; Il me semblait alors que la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; &eacute;tait l&rsquo;un des plus grands tr&eacute;sors qu&rsquo;une personne pouvait poss&eacute;der en cette vie, et que la compassion &eacute;tait la plus grande vertu.&nbsp; Je voyais assur&eacute;ment en lui un homme qu&rsquo;aucune temp&ecirc;te ne secouait jamais, et qui contemplait le tumulte de l&rsquo;existence humaine avec l&rsquo;&oelig;il de la sagesse.&nbsp; Je lui &eacute;crivis et il me r&eacute;pondit aussit&ocirc;t.&nbsp; Au cours des trois ann&eacute;es qui suivirent, nous nous &eacute;criv&icirc;mes au moins deux fois par mois.&nbsp; Je lui d&eacute;voilais mes &eacute;tats d&rsquo;&acirc;me tandis que lui, convaincu d&rsquo;avoir trouv&eacute; en son jeune admirateur quelqu&rsquo;un qui le comprenait vraiment, me r&eacute;pondait dans le m&ecirc;me esprit.&nbsp; Nous fin&icirc;mes par nous rencontrer, ce qui cimenta notre amiti&eacute;.<br \/>\r\nEt pourtant, les apparences sont trompeuses.&nbsp; En effet, je commen&ccedil;ai &agrave; d&eacute;tecter dans ses lettres un ton un peu plus tourment&eacute; qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;habitude, de la tristesse et de la d&eacute;sillusion.&nbsp; Lorsque je lui demandai s&rsquo;il avait mis toute sa s&eacute;r&eacute;nit&eacute; dans ses livres et oubli&eacute; d&rsquo;en garder pour lui-m&ecirc;me, il me r&eacute;pondit : &laquo; Je crois que ton commentaire &eacute;tait tr&egrave;s perspicace, et probablement vrai &raquo;.&nbsp; Il avait pass&eacute; sa vie en qu&ecirc;te de plaisirs et d&rsquo;exp&eacute;riences (&agrave; la fois sublimes et sordides, selon ses dires).&nbsp; Peu de femmes, dans la haute comme dans la basse soci&eacute;t&eacute;, avaient pu r&eacute;sister &agrave; sa beaut&eacute;, son charme et sa richesse.&nbsp; De son c&ocirc;t&eacute;, il ne voyait aucune raison de r&eacute;sister &agrave; leurs charmes.&nbsp; Fascin&eacute; par la spiritualit&eacute; et le mysticisme, il n&rsquo;adh&eacute;rait &agrave; aucune religion et ne se conformait &agrave; aucune loi morale.&nbsp; Maintenant, il se sentait devenir vieux et avait du mal &agrave; se faire &agrave; cette id&eacute;e.&nbsp; Il avait essay&eacute; de s&rsquo;amender et m&ecirc;me de se repentir de son pass&eacute;, mais il sentait qu&rsquo;il &eacute;tait trop tard.&nbsp; Un peu plus de trois ans apr&egrave;s le d&eacute;but de notre correspondance, il commit l&rsquo;irr&eacute;parable et se suicida.<br \/>\r\nMon affection pour lui ne tarit pas pour autant et, plus tard, lorsque j&rsquo;eus mon premier fils, je lui donnai son nom.&nbsp; Mais j&rsquo;appris plus de la mort de Leo Myers que j&rsquo;avais appris de ses livres, bien que quelques ann&eacute;es furent n&eacute;cessaires pour que j&rsquo;en saisisse le sens profond.&nbsp; Sa sagesse n&rsquo;avait exist&eacute; que dans son esprit, sans jamais p&eacute;n&eacute;trer sa substance profonde d&rsquo;&ecirc;tre humain.&nbsp; Un homme peut passer sa vie &agrave; lire des ouvrages spirituels et &agrave; &eacute;tudier les &eacute;crits des grands mystiques; il peut s&rsquo;imaginer avoir p&eacute;n&eacute;tr&eacute; les secrets des cieux et de la terre; mais, &agrave; moins d&rsquo;avoir profond&eacute;ment absorb&eacute; ce savoir dans sa nature et dans tout son &ecirc;tre et en avoir &eacute;t&eacute; totalement transform&eacute;, ce savoir demeure st&eacute;rile.&nbsp; Je me mis &agrave; penser qu&rsquo;un simple homme de foi, sans grande &eacute;rudition mais priant Dieu du plus profond de son c&oelig;ur, avait probablement une plus grande valeur que l&rsquo;&eacute;tudiant le plus vers&eacute; en sciences spirituelles.<br \/>\r\nMyers avait &eacute;t&eacute; tr&egrave;s influenc&eacute; par le V&eacute;danta, doctrine m&eacute;taphysique au c&oelig;ur de l&rsquo;hindouisme.&nbsp; De mon c&ocirc;t&eacute;, j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; attir&eacute; dans cette direction par l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de ma m&egrave;re pour le yoga raja.&nbsp; Je me tournai donc &agrave; mon tour vers le V&eacute;danta qui, plus tard, me poussa vers l&rsquo;islam.&nbsp; Cela peut surprendre certains musulmans ou quiconque sait pertinemment que le fondement m&ecirc;me de l&rsquo;islam constitue une condamnation ferme de toute forme d&rsquo;idol&acirc;trie.&nbsp; Et pourtant, je sais que mon cas est loin d&rsquo;&ecirc;tre unique.&nbsp; Quelles que soient les croyances des masses hindoues, le V&eacute;danta est une doctrine bas&eacute;e sur l&rsquo;unit&eacute; pure de l&rsquo;unique R&eacute;alit&eacute;, ce qui se rapproche de ce que l&rsquo;on appelle le tawhid (pur monoth&eacute;isme), en islam.&nbsp; Les musulmans, plus que tout autre groupe, ne devraient avoir aucune difficult&eacute; &agrave; admettre qu&rsquo;une doctrine unitaire se trouve &agrave; la base de la majorit&eacute; des grandes religions de l&rsquo;humanit&eacute;, ind&eacute;pendamment des illusions idol&acirc;tres qui sont venues plus tard se superposer &agrave; ce fondement, tout comme, chez l&rsquo;&ecirc;tre humain, l&rsquo;idol&acirc;trie personnelle vient se superposer &agrave; la disposition naturelle du c&oelig;ur au monoth&eacute;isme.&nbsp; Comment peut-il en &ecirc;tre autrement alors que le tawhid est la pure v&eacute;rit&eacute;?<br \/>\r\nBient&ocirc;t, je dus quitter Cambridge et on m&rsquo;envoya &agrave; l&rsquo;Acad&eacute;mie royale militaire de Sandhurst, d&rsquo;o&ugrave; je sortis, cinq mois plus tard, en tant qu&rsquo;officier pr&eacute;tendument pr&ecirc;t &agrave; tuer ou &agrave; &ecirc;tre tu&eacute;.&nbsp; Pour en apprendre plus sur l&rsquo;art de la guerre, je fus d&eacute;p&ecirc;ch&eacute; dans un r&eacute;giment du nord de l&rsquo;&Eacute;cosse.&nbsp; L&agrave;, je fus plus ou moins laiss&eacute; &agrave; moi-m&ecirc;me et j&rsquo;occupai mon temps &agrave; lire ou &agrave; marcher sur les falaises de granite surplombant la mer d&eacute;cha&icirc;n&eacute;e du Nord.&nbsp; C&rsquo;&eacute;tait un endroit assez orageux, mais j&rsquo;y ressentais une paix comme je n&rsquo;en avais jamais ressenti auparavant.&nbsp; Plus je lisais sur le V&eacute;danta et sur l&rsquo;ancienne doctrine chinoise appel&eacute;e tao&iuml;sme, plus j&rsquo;avais la certitude d&rsquo;avoir enfin acquis une certaine compr&eacute;hension de la nature des choses et d&rsquo;avoir eu un aper&ccedil;u, fut-ce seulement en pens&eacute;e ou par mon imagination, de la R&eacute;alit&eacute; ultime pr&egrave;s de laquelle tout le reste semblait bien p&acirc;le.&nbsp; Mais je n&rsquo;&eacute;tais pas encore pr&ecirc;t &agrave; appeler cette R&eacute;alit&eacute; &laquo; Dieu &raquo;, et encore moins &laquo; Allah &raquo;.<br \/>\r\nLorsque je quittai l&rsquo;arm&eacute;e, je me mis &agrave; &eacute;crire, ressentant le besoin d&rsquo;exprimer mes pens&eacute;es pour pouvoir y mettre de l&rsquo;ordre.&nbsp; J&rsquo;&eacute;crivis sur le V&eacute;danta, sur le tao&iuml;sme et sur le bouddhisme zen, mais aussi sur certains &eacute;crivains occidentaux (incluant Leo Myers) qui avaient &eacute;t&eacute; influenc&eacute;s par ces doctrines.&nbsp; Une rencontre avec le po&egrave;te T.S. Eliot, qui, &agrave; cette &eacute;poque, &eacute;tait &agrave; la t&ecirc;te d&rsquo;une maison d&rsquo;&eacute;dition, me permit de publier ces essais sous le titre de &laquo; The Richest Vein &raquo; (le filon le plus riche), titre que m&rsquo;avait inspir&eacute; une citation de Thoreau : &laquo; Mon instinct me dit que ma t&ecirc;te est un organe servant &agrave; creuser, acte pour lequel certaines cr&eacute;atures utilisent leur museau ou leurs pattes ant&eacute;rieures; et avec ma t&ecirc;te, je creuserai mon chemin &agrave; travers ces collines.&nbsp; Je crois que le filon le plus riche se trouve quelque part par ici... &raquo;.&nbsp; J&rsquo;avais d&eacute;sormais trouv&eacute; une nouvelle personne pour me guider &agrave; travers les collines.&nbsp; En effet, j&rsquo;avais d&eacute;couvert Ren&eacute; Guenon, un Fran&ccedil;ais qui avait v&eacute;cu la majeure partie de sa vie au Caire sous le nom de Sheikh Abdoul Wahid.<br \/>\r\nAvec une enti&egrave;re rigueur intellectuelle, Guenon avait &eacute;branl&eacute;, puis d&eacute;moli toutes les hypoth&egrave;ses prises pour acquis par l&rsquo;homme moderne &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;homme occidental, ou occidentalis&eacute;.&nbsp; Bien d&rsquo;autres avaient critiqu&eacute; la voie emprunt&eacute;e par la civilisation europ&eacute;enne depuis la soi-disant &laquo; Renaissance &raquo;; mais nul n&rsquo;avait os&eacute; se montrer aussi radical que lui ou r&eacute;affirmer avec une telle force les principes et valeurs que la culture occidentale avait pourtant exp&eacute;di&eacute;s au d&eacute;potoir de l&rsquo;histoire.&nbsp; Son th&egrave;me &eacute;tait la &laquo; tradition primordiale &raquo; (ou sofia perennis) exprim&eacute;e, selon lui, &agrave; la fois dans les anciennes mythologies et dans la doctrine m&eacute;taphysique se trouvant &agrave; la base des grandes religions.&nbsp; Le langage de cette tradition &eacute;tait celui du symbolisme, et nul n&rsquo;&eacute;galait Guenon dans l&rsquo;interpr&eacute;tation de ce symbolisme.&nbsp; De plus, il renversa l&rsquo;id&eacute;e du progr&egrave;s humain, la rempla&ccedil;ant par cette croyance quasi universelle, avant l&rsquo;&eacute;poque moderne, selon laquelle l&rsquo;humanit&eacute; perd de son excellence spirituelle avec le temps et que nous nous trouvons pr&eacute;sentement dans l&rsquo;&acirc;ge des t&eacute;n&egrave;bres qui pr&eacute;c&egrave;de la Fin, un &acirc;ge dans lequel toutes les possibilit&eacute;s et les hypoth&egrave;ses rejet&eacute;es par les premi&egrave;res cultures ont &eacute;t&eacute; d&eacute;vers&eacute;es dans le monde, la quantit&eacute; rempla&ccedil;ant la qualit&eacute; et la d&eacute;cadence approchant de ses limites ultimes.&nbsp; Quiconque le lisait et comprenait ses id&eacute;es ne pouvait plus jamais &ecirc;tre le m&ecirc;me.<br \/>\r\nComme plusieurs, dont la vision des choses fut transform&eacute;e apr&egrave;s avoir lu Guenon, je me sentais maintenant comme un &eacute;tranger dans le monde du vingti&egrave;me si&egrave;cle.&nbsp; Par la logique de ses convictions, il avait &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; embrasser l&rsquo;islam, la r&eacute;v&eacute;lation finale r&eacute;sumant tout ce qui a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute; avant elle.&nbsp; Je n&rsquo;&eacute;tais personnellement pas pr&ecirc;t &agrave; suivre la m&ecirc;me voie, mais j&rsquo;appris bient&ocirc;t &agrave; garder pour moi mes opinions, ou du moins &agrave; les voiler partiellement.&nbsp; Nul ne peut vivre heureux s&rsquo;il est en constant d&eacute;saccord avec les gens qui l&rsquo;entourent, pas plus qu&rsquo;il ne peut argumenter avec eux, car il ne partage pas les hypoth&egrave;ses de base qui sont les leurs.&nbsp; Les discussions et les d&eacute;bats pr&eacute;supposent une base commune, partag&eacute;e par les interlocuteurs.&nbsp; Lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de base commune, l&rsquo;incompr&eacute;hension et la confusion deviennent in&eacute;vitables, quand ce n&rsquo;est pas carr&eacute;ment la col&egrave;re.&nbsp; Les croyances &agrave; la base de la culture contemporaine sont mises au m&ecirc;me niveau que les croyances religieuses incontestables, comme on a pu le voir lors du conflit entourant la publication du roman de Salman Rushdie, les Versets Sataniques.<br \/>\r\nIl m&rsquo;est parfois arriv&eacute; d&rsquo;oublier ma r&eacute;solution de ne point participer &agrave; des d&eacute;bats futiles.&nbsp; Il y a de cela quelques ann&eacute;es, j&rsquo;&eacute;tais invit&eacute; &agrave; un d&icirc;ner diplomatique &agrave; Trinidad.&nbsp; La jeune femme assise &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi discutait avec un ministre du culte chr&eacute;tien, un Anglais, assis en face d&rsquo;elle.&nbsp; Je n&rsquo;&eacute;coutais leur conversation que d&rsquo;une oreille distraite lorsque j&rsquo;entendis la jeune femme affirmer qu&rsquo;elle n&rsquo;&eacute;tait pas s&ucirc;re de croire au progr&egrave;s humain.&nbsp; L&rsquo;Anglais lui r&eacute;pondit avec tant de rudesse et de m&eacute;pris que je ne pus r&eacute;sister &agrave; l&rsquo;envie de r&eacute;pliquer : &laquo; Elle a parfaitement raison : le progr&egrave;s n&rsquo;existe tout simplement pas! &raquo;.&nbsp; Il tourna vers moi un visage d&eacute;form&eacute; par la col&egrave;re et dit : &laquo; Jamais je n&rsquo;aurais cru que je me suiciderais ce soir m&ecirc;me! &raquo;.&nbsp; Comme le suicide est un aussi grand p&eacute;ch&eacute; pour les chr&eacute;tiens que pour les musulmans, je compris pour la premi&egrave;re fois &agrave; quel point la foi dans le progr&egrave;s, dans un &laquo; avenir meilleur &raquo; et, par cons&eacute;quent, dans la possibilit&eacute; d&rsquo;un paradis sur terre, avait remplac&eacute; la foi en Dieu et dans l&rsquo;au-del&agrave;.&nbsp; Dans les &eacute;crits du pr&ecirc;tre ren&eacute;gat Teilhard de Chardin, le christianisme lui-m&ecirc;me est r&eacute;duit &agrave; une religion de progr&egrave;s.&nbsp; Privez l&rsquo;Occidental moderne de cette foi et il devient aussi perdu que s&rsquo;il se trouvait en un lieu sauvage d&eacute;pourvu de tous rep&egrave;res ou de panneaux indicateurs.<br \/>\r\nAu moment o&ugrave; mon ouvrage &laquo; The Richest Vein &raquo; fut publi&eacute;, j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; quitt&eacute; l&rsquo;Angleterre pour la Jama&iuml;que, o&ugrave; un ami d&rsquo;enfance allait me trouver, j&rsquo;en &eacute;tais s&ucirc;r, un boulot quelconque.&nbsp; La couverture du livre me d&eacute;crivait comme un &laquo; penseur mature &raquo;.&nbsp; L&rsquo;adjectif &laquo; mature &raquo; &eacute;tait particuli&egrave;rement inappropri&eacute;.&nbsp; En tant qu&rsquo;homme et personnalit&eacute;, je sortais &agrave; peine de l&rsquo;adolescence; et la Jama&iuml;que &eacute;tait l&rsquo;endroit id&eacute;al pour exploiter mes r&ecirc;ves d&rsquo;adolescent.&nbsp; Seuls ceux qui ont connu la vie antillaise dans les ann&eacute;es d&rsquo;apr&egrave;s-guerre savent quels plaisirs et tentations elle offrait &agrave; ceux qui &eacute;taient en qu&ecirc;te d&rsquo;exp&eacute;riences de toutes sortes.&nbsp; &Agrave; l&rsquo;instar de Myers, je ne poss&eacute;dais point de valeurs morales qui m&rsquo;auraient permis de mod&eacute;rer mes ardeurs.&nbsp; Je me sentis g&ecirc;n&eacute; lorsque je commen&ccedil;ai &agrave; recevoir des lettres de gens qui avaient lu mon livre et qui s&rsquo;imaginaient que j&rsquo;&eacute;tais un homme d&rsquo;&acirc;ge m&ucirc;r &ndash; &laquo; avec une longue barbe blanche &raquo;, comme m&rsquo;&eacute;crivit l&rsquo;un d&rsquo;entre eux &ndash; plein de sagesse et de compassion.&nbsp; J&rsquo;aurais voulu pouvoir les d&eacute;tromper au plus vite et me d&eacute;barrasser de la responsabilit&eacute; qu&rsquo;ils m&rsquo;imposaient.&nbsp; Un jour, un pr&ecirc;tre catholique arriva dans l&rsquo;&icirc;le pour s&eacute;journer chez des amis.&nbsp; Il venait tout juste, leur dit-il, de terminer la lecture d&rsquo;un &laquo; livre fascinant &raquo; r&eacute;dig&eacute; par un homme du nom de Gai Eaton.&nbsp; Il fut stup&eacute;fait d&rsquo;apprendre que l&rsquo;homme en question s&eacute;journait lui aussi en Jama&iuml;que et demanda &agrave; me rencontrer.&nbsp; Ses amis le conduisirent &agrave; une f&ecirc;te o&ugrave; on leur avait dit qu&rsquo;ils me trouveraient sans doute.&nbsp; On me le pr&eacute;senta et, voyant devant lui un jeune homme aussi frivole, il me lan&ccedil;a un long et dur regard.&nbsp; Puis, il secoua la t&ecirc;te en signe d&rsquo;incompr&eacute;hension et me dit, &agrave; voix basse : &laquo; Il est impossible que vous ayez &eacute;crit ce livre! &raquo;.<br \/>\r\nIl avait raison.&nbsp; Et je dus regarder en face, comme je l&rsquo;avais fait dans le cas de Leo Myers et &agrave; plusieurs reprises depuis, les contradictions extraordinaires de la nature humaine et, par-dessus tout, le gouffre s&eacute;parant souvent l&rsquo;&eacute;crivain mettant ses id&eacute;es par &eacute;crit de l&rsquo;homme qu&rsquo;il est r&eacute;ellement dans la vie de tous les jours.&nbsp; Tandis que l&rsquo;objectif, dans l&rsquo;islam, est d&rsquo;atteindre un parfait &eacute;quilibre entre les diff&eacute;rents &eacute;l&eacute;ments de notre personnalit&eacute; afin qu&rsquo;ils fonctionnent de fa&ccedil;on harmonieuse, empruntent tous la m&ecirc;me direction et suivent tous le m&ecirc;me droit chemin, il n&rsquo;est pas rare, dans les pays occidentaux, de trouver des gens dont les divers &eacute;l&eacute;ments de la personnalit&eacute; sont en total d&eacute;s&eacute;quilibre, ayant surd&eacute;velopp&eacute; un de ces &eacute;l&eacute;ments au d&eacute;triment de tous les autres.&nbsp; Je me suis parfois demand&eacute; si le fait d&rsquo;&eacute;crire sur la sagesse ou d&rsquo;en parler ne servait pas, en r&eacute;alit&eacute;, &agrave; pallier l&rsquo;impossibilit&eacute; de l&rsquo;atteindre.&nbsp; Je ne crois pas que l&rsquo;on puisse parler ici d&rsquo;hypocrisie, puisque ces gens sont tout &agrave; fait sinc&egrave;res dans ce qu&rsquo;ils &eacute;crivent ou affirment.&nbsp; Peut-&ecirc;tre leurs &eacute;crits sont-ils l&rsquo;expression de ce qu&rsquo;il y a de meilleur en eux, m&ecirc;me s&rsquo;ils n&rsquo;arrivent pas &agrave; vivre en accord avec eux.<br \/>\r\nDeux ans et demie plus tard, je retournai en Angleterre pour des raisons familiales.&nbsp; Parmi ceux qui m&rsquo;avaient &eacute;crit suite &agrave; la lecture de mon livre se trouvaient deux hommes tr&egrave;s vers&eacute;s dans les &eacute;crits de Guenon et qui l&rsquo;avaient suivi dans sa conversion &agrave; l&rsquo;islam...&nbsp; Je les rencontrai.&nbsp; Ils m&rsquo;expliqu&egrave;rent que je trouverais ce que je cherchais manifestement non pas en Inde ou en Chine, mais plus pr&egrave;s de chez moi, dans la tradition d&rsquo;Abraham...&nbsp; Ils me demand&egrave;rent &agrave; quel moment j&rsquo;avais l&rsquo;intention de commencer &agrave; mettre en pratique ce que je pr&ecirc;chais et &agrave; me mettre en qu&ecirc;te s&eacute;rieuse d&rsquo;une &laquo; voie spirituelle &raquo;.&nbsp; Ils laiss&egrave;rent entendre, gentiment mais fermement, qu&rsquo;il &eacute;tait temps, pour moi, de commencer &agrave; int&eacute;grer dans ma vie ce que je savais d&eacute;j&agrave; en th&eacute;orie.&nbsp; Je leur r&eacute;pondis poliment, mais de fa&ccedil;on vague, car je n&rsquo;avais aucune intention de suivre leurs conseils avant d&rsquo;avoir atteint un certain &acirc;ge et d&rsquo;avoir v&eacute;cu toutes les aventures que ce monde avait &agrave; offrir.&nbsp; J&rsquo;avoue toutefois que je me mis &agrave; lire sur l&rsquo;islam avec un int&eacute;r&ecirc;t sans cesse grandissant.<br \/>\r\nCe nouvel int&eacute;r&ecirc;t me valut la d&eacute;sapprobation de mon meilleur ami; il avait travaill&eacute; au Moyen-Orient et avait d&eacute;velopp&eacute; de profonds pr&eacute;jug&eacute;s contre l&rsquo;islam.&nbsp; L&rsquo;id&eacute;e m&ecirc;me que cette religion, qu&rsquo;il consid&eacute;rait comme tr&egrave;s dure, puisse poss&eacute;der une r&eacute;elle dimension spirituelle lui apparaissait comme absurde.&nbsp; Il chercha &agrave; me persuader que cette religion n&rsquo;&eacute;tait que formalisme apparent, ob&eacute;issance aveugle &agrave; des interdits irrationnels, pri&egrave;res &agrave; r&eacute;p&eacute;tition, intol&eacute;rance, fanatisme &eacute;troit et hypocrisie.&nbsp; Puis il me raconta des histoires relatives &agrave; certaines pratiques musulmanes, dans l&rsquo;espoir de me convaincre.&nbsp; Je me souviens en particulier de celle d&rsquo;une jeune femme qui &eacute;tait mourante, &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital, et qui avait rassembl&eacute; ses forces pour se lever et d&eacute;placer son lit pour pouvoir ainsi mourir en faisant face &agrave; la Mecque.&nbsp; Mon ami &eacute;tait r&eacute;volt&eacute; &agrave; la pens&eacute;e que cette femme se soit impos&eacute; des souffrances suppl&eacute;mentaires dans l&rsquo;unique but d&rsquo;ob&eacute;ir &agrave; une &laquo; superstition stupide &raquo;.&nbsp; Mais pour moi, au contraire, cette histoire &eacute;tait tr&egrave;s touchante.&nbsp; Je m&rsquo;&eacute;merveillai de la foi de cette jeune femme, qui se situait bien au-del&agrave; de tout ce que je pouvais imaginer.<br \/>\r\nPendant ce temps, je n&rsquo;arrivais pas &agrave; trouver de travail et je vivais dans une certaine pauvret&eacute;.&nbsp; Je posai ma candidature pour pratiquement chaque emploi annonc&eacute;, incluant un poste d&rsquo;assistant de cours en litt&eacute;rature anglaise &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; du Caire, m&ecirc;me si je trouvais cela un peu ridicule.&nbsp; En effet, j&rsquo;avais obtenu, &agrave; Cambridge, un dipl&ocirc;me en histoire et, &agrave; part la litt&eacute;rature des dix-neuvi&egrave;me et vingti&egrave;me si&egrave;cles, je ne connaissais &agrave; peu pr&egrave;s rien &agrave; ce domaine.&nbsp; Comment pourraient-ils consid&eacute;rer la candidature d&rsquo;une personne aussi peu qualifi&eacute;e que moi?&nbsp; Mais ils la consid&eacute;r&egrave;rent pourtant, et all&egrave;rent m&ecirc;me&nbsp; jusqu&rsquo;&agrave; m&rsquo;embaucher.&nbsp; En octobre 1950, &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 29 ans, je partis pour le Caire &agrave; une p&eacute;riode de ma vie o&ugrave; mon int&eacute;r&ecirc;t pour l&rsquo;islam s&rsquo;affirmait de jour en jour.<br \/>\r\nParmi mes coll&egrave;gues se trouvait un musulman Anglais, Martin Lings, qui avait fait de l&rsquo;&Eacute;gypte sa seconde patrie.&nbsp; C&rsquo;&eacute;tait un ami de Guenon et des deux hommes qui m&rsquo;avaient rendu visite, &agrave; Londres, mais il &eacute;tait tr&egrave;s diff&eacute;rent de tous les gens que j&rsquo;avais rencontr&eacute;s dans ma vie.&nbsp; Il &eacute;tait l&rsquo;exemple vivant de ce qui n&rsquo;avait &eacute;t&eacute;, jusque-l&agrave;, que des th&eacute;ories dans mon esprit, et je sus que j&rsquo;avais enfin rencontr&eacute; un &ecirc;tre complet, un &ecirc;tre coh&eacute;rent.&nbsp; Il habitait dans une maison traditionnelle en banlieue de la ville.&nbsp; Leur rendre visite, &agrave; sa femme et lui, comme je le faisais presque chaque semaine, c&rsquo;&eacute;tait sortir de la bruyante animation du Caire et p&eacute;n&eacute;trer dans un refuge intemporel o&ugrave; l&rsquo;intime et l&rsquo;apparent faisaient un et o&ugrave; les r&eacute;alit&eacute;s du monde auquel j&rsquo;&eacute;tais habitu&eacute; devenaient floues, indistinctes.<br \/>\r\nJ&rsquo;avais besoin d&rsquo;un refuge.&nbsp; J&rsquo;&eacute;tais tomb&eacute; en amour avec la Jama&iuml;que, s&rsquo;il est possible de tomber en amour avec un pays, et je d&eacute;testais l&rsquo;&Eacute;gypte pour n&rsquo;y rien retrouver qui me rappel&acirc;t la Jama&iuml;que.&nbsp; O&ugrave; &eacute;taient pass&eacute;es mes Blue Mountains, ma mer tropicale, mes belles filles antillaises?&nbsp; Comment avais-je pu quitter le seul endroit o&ugrave; je m&rsquo;&eacute;tais jamais senti chez moi?&nbsp; Mais ce n&rsquo;&eacute;tait pas tout, loin de l&agrave;; j&rsquo;avais non seulement quitt&eacute; un lieu, mais aussi une personne, une jeune femme sans laquelle ma vie m&rsquo;apparaissait vide, d&eacute;sormais, et moins int&eacute;ressante &agrave; vivre.&nbsp; Je compris alors tout le sens du mot &laquo; obsession &raquo; : une le&ccedil;on douloureuse, mais utile et m&ecirc;me n&eacute;cessaire pour ceux qui cherchent &agrave; mieux se comprendre et &agrave; mieux comprendre les autres.&nbsp; Rien n&rsquo;avait de r&eacute;elle valeur, dans ma vie pr&eacute;c&eacute;dente; ma seule r&eacute;alit&eacute; &eacute;tait ce besoin de me retrouver aupr&egrave;s de l&rsquo;unique personne qui occupait mes pens&eacute;es du matin au soir, et jusque dans mes r&ecirc;ves.&nbsp; Lorsque, dans le cadre de mon travail, je lisais &agrave; mes &eacute;tudiants des po&egrave;mes d&rsquo;amour &agrave; voix haute, des larmes coulaient le long de mes joues et ils se disaient, entre eux : &laquo; Et bien, voil&agrave; un Anglais qui a du c&oelig;ur!&nbsp; Nous croyions qu&rsquo;ils &eacute;taient tous aussi froids que la glace! &raquo;.<br \/>\r\nCes &eacute;tudiants, et plus particuli&egrave;rement un petit groupe de cinq ou six d&rsquo;entre eux qui &eacute;taient plus &acirc;g&eacute;s, constituaient aussi un refuge, pour moi.&nbsp; M&ecirc;me si je d&eacute;testais l&rsquo;&Eacute;gypte pour &ecirc;tre situ&eacute;e &agrave; 8000 milles de l&rsquo;endroit o&ugrave; je souhaitais me trouver, j&rsquo;aimais ces jeunes &Eacute;gyptiens.&nbsp; Leur chaleur, leur ouverture d&rsquo;esprit et la confiance qu&rsquo;ils me t&eacute;moignaient m&rsquo;apportaient un r&eacute;confort.&nbsp; Et bient&ocirc;t, je me mis &agrave; aimer leur foi, car ces jeunes gens &eacute;taient de bons musulmans.&nbsp; Je n&rsquo;avais plus de doutes.&nbsp; Je me disais que s&rsquo;il m&rsquo;&eacute;tait possible de jamais m&rsquo;investir dans une religion &ndash; et m&ecirc;me de m&rsquo;emprisonner de gaiet&eacute; de c&oelig;ur dans une religion &ndash; cette religion ne pouvait &ecirc;tre que l&rsquo;islam.&nbsp; Mais pas tout de suite!&nbsp; Je me souvins de cette pri&egrave;re de Saint-Augustin : &laquo; Seigneur, donne-moi la chastet&eacute; et l&rsquo;abstinence &ndash; mais pas tout de suite! &raquo;, sachant qu&rsquo;&agrave; travers les &acirc;ges, d&rsquo;autres jeunes hommes, croyant avoir devant eux toute la vie, avaient pri&eacute; pour que Dieu leur accorde la chastet&eacute; ou la pi&eacute;t&eacute;, ou une vie plus vertueuse, mais avec la m&ecirc;me r&eacute;serve... Et la mort &eacute;tait venue chercher plusieurs d&rsquo;entre eux alors qu&rsquo;ils se trouvaient toujours dans cet &eacute;tat.<br \/>\r\nToutes choses &eacute;gales par ailleurs, j&rsquo;aurais pu ne jamais arriver &agrave; surmonter mes h&eacute;sitations.&nbsp; M&ecirc;me si j&rsquo;avais l&rsquo;intention d&rsquo;embrasser l&rsquo;islam un jour, il aurait &eacute;t&eacute; probable que je remette cette d&eacute;cision d&rsquo;ann&eacute;e en ann&eacute;e jusqu&rsquo;&agrave; ce que, m&ecirc;me vieux, je persiste &agrave; dire &laquo; mais pas tout de suite! &raquo;.&nbsp; Mais toutes choses n&rsquo;&eacute;taient pas &eacute;gales.&nbsp; Au fil des mois, mon d&eacute;sir de revoir la Jama&iuml;que et cette jeune femme grandit plut&ocirc;t que de diminuer, comme s&rsquo;il se nourrissait lui-m&ecirc;me.&nbsp; En me r&eacute;veillant, un matin, je compris que seul le manque d&rsquo;argent m&rsquo;emp&ecirc;chait de retourner dans cette &icirc;le.&nbsp; Je m&rsquo;informai et appris que si je voyageais sur le pont d&rsquo;un bateau &agrave; vapeur, le voyage me co&ucirc;terait tout au plus 70&pound;.&nbsp; J&rsquo;&eacute;tais certain d&rsquo;arriver &agrave; amasser cette somme avant la fin de la session universitaire et cette certitude transforma mon quotidien.&nbsp; Sachant mon d&eacute;part proche, j&rsquo;en venais presque &agrave; appr&eacute;cier ma vie au Caire.&nbsp; Mais une question me tourmentait, qui ne pouvait plus &ecirc;tre report&eacute;e et exigeait une r&eacute;ponse ferme.&nbsp; L&rsquo;occasion d&rsquo;embrasser l&rsquo;islam qui se pr&eacute;sentait &agrave; moi pouvait ne jamais se repr&eacute;senter.&nbsp; J&rsquo;avais devant moi une porte ouverte.&nbsp; Je pensai que si je ne passais pas cette porte, je prenais le risque de la voir se refermer pour toujours.&nbsp; Je connaissais, par ailleurs, le genre de vie qui m&rsquo;attendait en Jama&iuml;que, et je doutai d&rsquo;avoir jamais la force de vivre en tant que musulman dans un tel environnement.<br \/>\r\nJe pris donc une d&eacute;cision qui, avec raison, peut &eacute;tonner la plupart des gens et non seulement les musulmans.&nbsp; Je d&eacute;cidai &ndash; comme je me le dis &agrave; moi-m&ecirc;me &ndash; de &laquo; semer une graine &raquo; dans mon c&oelig;ur, d&rsquo;embrasser l&rsquo;islam sur-le-champ dans l&rsquo;espoir que cette graine germe un jour et se transforme en une vigoureuse plante.&nbsp; Je ne bl&acirc;merai personne si on m&rsquo;accuse d&rsquo;avoir manqu&eacute; de sinc&eacute;rit&eacute; ou de ne point avoir eu une intention pure.&nbsp; Mais peut-&ecirc;tre sous-estiment-ils l&rsquo;empressement de Dieu &agrave; pardonner les faiblesses humaines et Son pouvoir de produire une plante et des fruits &agrave; partir d&rsquo;une graine sem&eacute;e dans un sol aride.&nbsp; Quoi qu&rsquo;il en soit, je ressentais un besoin pressant d&rsquo;agir en ce sens et je savais ce que je devais faire.&nbsp; Je me rendis chez Martin Lings, lui racontai mon histoire et lui demandai de me servir de t&eacute;moin pour que je puisse prononcer la shahadah, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;attestation de foi.&nbsp; Apr&egrave;s avoir d&rsquo;abord h&eacute;sit&eacute;, il accepta.&nbsp; Le c&oelig;ur &agrave; la fois empli de crainte et de joie profonde, je priai pour la premi&egrave;re fois de ma vie.&nbsp; Comme c&rsquo;&eacute;tait le mois de Ramadan, je je&ucirc;nai d&egrave;s le lendemain, chose que je ne m&rsquo;&eacute;tais jamais imagin&eacute; faire.<br \/>\r\nPeu de temps apr&egrave;s, j&rsquo;annon&ccedil;ai la nouvelle &agrave; mon petit groupe d&rsquo;&eacute;tudiants; je ressentis leur ravissement comme une chaleureuse &eacute;treinte.&nbsp; J&rsquo;avais cru, auparavant, &ecirc;tre proche d&rsquo;eux; je comprenais maintenant qu&rsquo;il y avait toujours eu une barri&egrave;re entre nous.&nbsp; Cette barri&egrave;re avait d&eacute;sormais disparu et je fus accept&eacute; parmi eux comme un fr&egrave;re.&nbsp; Au cours des six semaines suivantes, qui pr&eacute;c&eacute;d&egrave;rent mon d&eacute;part (je n&rsquo;avais pas dit &agrave; mon employeur que je quittais), l&rsquo;un d&rsquo;eux vint chaque jour m&rsquo;enseigner le Coran.&nbsp; Un jour, je me regardai dans le miroir : mon visage &eacute;tait le m&ecirc;me, mais il appartenait &agrave; une personne diff&eacute;rente.&nbsp; J&rsquo;&eacute;tais musulman!&nbsp; Et c&rsquo;est dans cet &eacute;tat d&rsquo;agr&eacute;able &eacute;tonnement que je montai &agrave; bord d&rsquo;un navire, &agrave; Alexandrie, et pris la mer vers un avenir incertain.<\/span><\/span><\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\r\n","word":"\/uploads\/books\/Charles-Le-Gai-Eaton__fr.docx","pdf":"\/uploads\/books\/Charles-Le-Gai-Eaton__fr.pdf","keywords":"","read_counter":9332,"status":1,"is_volume":0,"created_at":"2017-02-12T09:00:00.000000Z","updated_at":"2026-05-18T15:30:35.000000Z","language_id":9,"publisher_id":97,"category_id":10,"volume_id":null,"parent_id":11613,"promote":null,"volume_count":null,"volume_title":null,"order":1,"audios":[],"fatawas":[],"videos":[],"articles":[],"publisher":{"id":97,"name":"www.islamreligion.com - Islam Religion Website","slug":"www_islamreligion_com_islam_religion_website","image":"\/uploads\/users\/non-profile.jpg","role":"Publisher","about":"","promote":0,"status":1,"created_at":"2014-01-15T09:00:00.000000Z","updated_at":"2014-01-15T09:00:00.000000Z","language_id":1,"parent_id":null,"image_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/users\/non-profile.jpg","get_name":"www.islamreligion.com - Islam Religion Website"},"translators":[],"revisers":[],"authors":[{"id":783,"name":"Gai Eaton","slug":"gai_eaton","image":"\/uploads\/users\/non-profile.jpg","role":"Author","about":"","promote":0,"status":1,"created_at":"2014-02-27T09:00:00.000000Z","updated_at":"2014-02-27T09:00:00.000000Z","language_id":1,"parent_id":null,"pivot":{"book_id":18758,"author_id":783},"image_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/users\/non-profile.jpg","get_name":"Gai Eaton"}],"image_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/books\/Charles-Le-Gai-Eaton_fr.JPG","pdf_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/books\/Charles-Le-Gai-Eaton__fr.pdf","word_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/books\/Charles-Le-Gai-Eaton__fr.docx","author_id":"","author_name":"Gai Eaton","book_title":"Charles Le Gai Eaton, ancien diplomate britannique","category_slug":"Why-I-became-a-Muslim!","category_name":"Why I became a Muslim!"},"translations":[],"volumes":null,"book_audios":[],"book_fatawas":[],"book_videos":[],"book_articles":[],"url":"http:\/\/www.islamland.com\/fre\/api\/books\/charles-le-gai-eaton-ancien-diplomate-britannique-1486905725","publisher":{"id":97,"name":"www.islamreligion.com - Islam Religion Website","slug":"www_islamreligion_com_islam_religion_website","image":"\/uploads\/users\/non-profile.jpg","role":"Publisher","about":"","promote":0,"status":1,"created_at":"2014-01-15T09:00:00.000000Z","updated_at":"2014-01-15T09:00:00.000000Z","language_id":1,"parent_id":null,"i18ns":[],"image_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/users\/non-profile.jpg","get_name":"www.islamreligion.com - Islam Religion Website"},"translators":[],"revisers":[],"authors":[{"id":783,"name":"Gai Eaton","slug":"gai_eaton","image":"\/uploads\/users\/non-profile.jpg","role":"Author","about":"","promote":0,"status":1,"created_at":"2014-02-27T09:00:00.000000Z","updated_at":"2014-02-27T09:00:00.000000Z","language_id":1,"parent_id":null,"pivot":{"book_id":18758,"author_id":783},"i18ns":[],"image_asset":"http:\/\/www.islamland.com\/uploads\/users\/non-profile.jpg","get_name":"Gai Eaton"}]}